Depuis 1995, mon travail artistique se situe dans le champ de l'art visuel. À partir de matériaux communs, d'objets ramassés, matières brutes et peu couteuses, je navigue entre différents médiums artistiques, sculptures, tableaux, installations, photographies.

 

Attentif à l'humain, la société, la matérialité qui m'entourent, mon travail se nourrit de rencontres et de situations dans lesquelles je me trouve. Choisis ou inattendus, je fais avec et en fonction de contextes.

J'ai commencé ma vie professionnelle comme ouvrier mécano à la RATP, matricule 200243, et j'y serais probablement encore aujourd'hui. Mais voilà, un accident heureux m'est arrivé en 1991, un « cailloux intérieur » a fait dérailler ma locomotive. Une petite roche suffisamment dure pour fondre les rails sur lesquels j'avançais inconscient :

# métro-boulot-texto-dodo.

 

Du train train quotidien de banlieusard, j'ai sauté à l'aveugle. J'ai fui le chemin de fer pour m'aventurer dans les chemins du faire. J'avais un besoin express d'orient, de risques et de périls, d'ouvrir mes fenêtres l'hiver, de prendre le train caché par l'autre, de voyager avec correspondances, de vivre et raconter des histoires.

J'ai gardé de cette vie d'ouvrier, les valeurs du bleu de travail. Celles de l'humain, du collectif, la simplicité et la solidarité. Mais aussi l'échelle démesurée des ateliers/usines du métro, le bruit et l'odeur des machines. La pointeuse, les congés à poser, les « ça va comme un lundi », la perruque. J'ai conservé une affinité avec les codes et langages d'ouvriers, milieu d'ou je viens.

 

J'ai réussi à m'échapper de ce bateau, un navire un peu trop monotone et renfermé pour y rester toute une vie. Un univers trop rationnel pour moi, empirique, trop de cadre et de hiérarchie. Un espace immense à la pensée restreinte par le règlement établi. Mes mains et ma conscience me réclamaient d'autres voies, d'autres chemins, du danger.

Très vite, j'ai réalisé que mon bleu d'ouvrier, dessaisi d'un matricule, libérait ma curiosité. Mes mains palpaient, prenaient, trituraient, assemblaient avec excitation. Mon regard se posait autrement sur les matières et matériaux qui m'entouraient. Des idées prenaient formes. Je découvrais un autre moyen d'expression.

 

Maitriser à perfection un outil ou une matière ne m'intéresse guère. La maitrise du geste me met dans des états de répétitions et d'enfermements. Je préfère, à l'inverse, le questionnement, l'inconnu, l’inattendu, arpenter de nouvelles situations ou mon corps et mon esprit vont se mettre en action pour écrire, concevoir, questionner.

De toutes ces situations, nait un langage plastique. Rendre visible une part d'invisible qui nous entoure. Poétique, graphique, brut ou en mouvement, ce langage explore les relations entre individus et territoires. Il porte un regard sur une société dont je fait parti.

 

Une société boule à facettes, aux multiples reflets